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L’autonomie alimentaire doit-elle être l’horizon des politiques urbaines ?

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L’autonomie alimentaire doit-elle être l’horizon des politiques urbaines ?

Les analyses d’autonomie alimentaire des villes sont difficiles à comparer.

Les bénéfices environnementaux de l’autonomie alimentaire des villes demandent à être étudiés de plus près.

Les villes ne devraient pas tant rechercher l’autonomie alimentaire que la circularité de leurs ressources.

L’agriculture urbaine et les attentes qu’elle suscite ont entrainé de nombreuses études scientifiques sur le potentiel en autonomie alimentaire des villes. Quelles conclusions tirer de ce corpus ? Un article publié dans le Journal of Cleaner Production fait le point. Il montre, d’un côté, qu’il est difficile de comparer ces études, et, de l’autre, que les villes devraient plutôt rechercher la durabilité et la circularité plutôt que l’autonomie.

Beaucoup d’études mais pas de réponse unique

Les analyses de l’autonomie alimentaire des villes, qui regardent dans quelle mesure l’agriculture urbaine peut nourrir la ville, se sont développées sur la dernière décennie. A chaque fois, elles se concentrent sur un nombre limité d’études de cas. L’article montre que leurs résultats varient de façon importante : l’agriculture urbaine peut, selon les études, contribuer de 2 à 400% à la demande en fruits et légumes des villes étudiées !

Comment expliquer une telle différence ? Est-ce parce que les villes ont des formes, et donc des potentiels, différents ? De façon surprenante, il n’est pas si facile de répondre à cette question. En effet, les chercheurs ont trouvé que la méthodologie choisie par ces études compte plus pour expliquer la différence de résultat que la densité des villes.

Différentes hypothèses menant à des résultats différents

Ainsi, les analyses de l’autonomie alimentaire des villes sont peu comparables car elles reposent sur des hypothèses différentes concernant :

  • Le type d’alimentation considéré : certaines études balayent l’ensemble de l’alimentation, alors que d’autres se focalisent sur les fruits et les légumes. Ces dernières ont tendance à montrer une meilleure autonomie. Il est en effet improbable que les villes puissent fournir des céréales ou des aliments transformés.
  • Les surfaces disponibles pour l’agriculture urbaine : il n’est pas aisé d’estimer la proportion de surface urbaine disponible pour la production alimentaire. Là encore, selon les méthodes utilisées, les résultats sont très différents. Les méthodes les plus robustes sont celles qui prennent en compte toutes les contraintes de production. Par exemple, il ne suffit pas de seulement regarder les surfaces de toits disponibles dans une ville. Il faut aussi prendre en compte leur exposition au soleil ou encore la robustesse de la structure du bâtiment.
  • Les rendements peuvent varier significativement entre plantes ou techniques culturales. De nombreuses études choisissent d’appliquer des hypothèses de rendement provenant de techniques de culture en pleine terre, hors serre, qui sont moins productives que l’hydroponie ou l’aquaponie. Les études qui prennent des rendements peu élevés ont plus du mal à trouver de hauts degrés d’autonomie alimentaire suffisante. Les auteurs recommandent donc que des données de rendement plus réalistes soient utilisées (provenant de fermes commerciales et incorporant plusieurs produits).
  • Le régime alimentaire : certaines études prennent en compte les régimes actuels, d’autres choisissent d’analyser le degré d’autonomie au regard des recommandations officielles sur la consommation de fruits et légumes. Comme les populations urbaines mangent en général moins de fruits et légumes que ce qu’il est recommandé, les études qui font l’hypothèse d’un changement de régime alimentaire ont plus de mal à atteindre l’autonomie.

Etant donnée la grande diversité de méthodologies et d’hypothèses, il est assez difficile de conclure. Une solution serait de comparer différentes villes avec la même méthodologie. C’est ce que Till Weidner, l’auteur principal de cet article, fait dans le cadre de ses travaux de doctorat.

En attendant, sa recommandation pour les villes qui conduisent de telles analyses d’autonomie est la suivante : apporter une attention particulière aux hypothèses sur le type de culture et de plantes qu’elles incluent dans l’analyse, car ces choix méthodologiques peuvent amener à des conclusions, et donc à des actions, très différentes.

L’autonomie… et ses limites environnementales

Bien qu’augmenter l’autonomie alimentaire des villes soit un slogan qui attire l’attention, l’article montre que c’est un objectif difficile à appréhender. De façon intéressante, il ouvre une autre série d’interrogations : est-ce un objectif désirable d’un point de vue environnemental ? Produire en ville toute la nourriture dont les urbains ont besoin permettrait-il de réduire l’empreinte écologique de leur alimentation ?

La littérature existante montre que les choses ne sont pas si simples.

  • Premièrement, elle fait apparaître des tensions entre hauts rendements et consommation d’énergie. Des innovations techniques comme les serres ou les fermes verticales, ou, de fait, tout type d’environnement contrôlé qui permet de hauts rendements, demandent également beaucoup d’énergie. Représentent-ils une amélioration par rapport à l’existant ? Cela dépend des techniques existantes : utilisent-elles beaucoup d’énergie ? Cette énergie vient-elle de sources fossiles ? Par exemple, les fruits et les légumes consommés à Lisbonne proviennent de cultures en plein champ de la région. Les remplacer par des produits provenant de serres sur les toits aurait un impact environnemental négatif.

Ensuite, il existe peu de littérature scientifique permettant d’émettre un avis consolidé sur la durabilité d’un système alimentaire urbain dépendant de façon importante de l’agriculture urbaine. Quels seraient les besoins en stockage et en transformation ? Quels seraient les moyens de distribution ? Comment impacteraient-ils les transports dans la ville ? Les chercheurs et les acteurs de terrain ont encore besoin de travailler sur ces sujets avant qu’on puisse conclure que cela a du sens d’un point de vue environnemental de rapatrier la production alimentaire en ville.

Viser la circularité plutôt que l’autonomie ?

Si l’autonomie n’est pas un objectif pertinent, que peuvent faire les villes ? D’après Till Weidner, il est important que les villes se rappellent que leur objectif n’est pas tant être autonome que réduire l’impact environnemental de leur alimentation. Deux approches peuvent alors être intéressantes :

  • Tout d’abord, expérimenter et promouvoir des modèles économiques participatifs comme les AMAP ou la cueillette. De tels contextes sont sans doute porteurs de changement de comportement pour les populations urbaines.
  • Ensuite, les villes doivent analyser toutes les options à leur disposition pour réduire l’impact environnemental de l’agriculture urbaine. La circularité des ressources locales (c’est-à-dire la capacité de l’agriculture urbaine à utiliser des flux de déchets urbains comme l’eau ou les déchets organiques) devrait être explorée de façon plus systématique. En effet, on ne sait pas grand-chose aujourd’hui des projets très intégrés (comme les méthaniseurs sur site ou les serres utilisant la chaleur ou le CO2 des bâtiments). L’agroécologie ou la permaculture devraient également être adaptées à des contextes urbains. Ainsi, d’après le chercheur, il est crucial que les politiques alimentaires urbaines donnent envie aux gens de prendre le risque d’expérimenter de nouvelles choses car il y a encore beaucoup de travail avant de pouvoir conclure sur la plus-value environnementale des différentes options d’agriculture urbaine.

Ainsi, l’autonomie devrait être considérée non comme une fin en soi, mais comme un moyen parmi d’autres, et ses bénéfices et limites environnementaux (mais aussi économiques et sociaux) être regardés de près avant d’être intégrés dans les politiques alimentaires urbaines.

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